Malgré une température négative, la commémoration de la manifestation montluçonnaise du 6 janvier 1943 s’est tenue hier matin sur l’avenue Marx Dormoy. Nous avions insisté pour qu’elle ait lieu le jour même de sa date anniversaire. Après une première étape devant le monument aux morts, les participants se sont déplacés vers le mémorial situé sur l’esplanade de la gare.

Vue partielle du monument commémoratif du 6 janvier 1943 locomotive

Mme Sylvie Labeaune, représentante de l’ANACR et membre actif du MUREDE, a rappelé dans un texte très bien documenté les événements du 6 janvier 1943. C’est ainsi que l’assistance a pu comprendre l’importance de cette manifestation préparée par les militants politiques de tous bords et les syndicalistes, entrés dans la clandestinité. Le texte de Mme Labeaune a souligné aussi le rôle des femmes, tans dans la préparation que dans le déroulement de la manifestation. Ce sont elles, notamment, qui se sont couchées sur les voies pour empêcher le départ du train.

Ci-dessous, voici le texte de Mme Labeaune.

Aujourd’hui, nous sommes réunis devant la stèle qui rappelle les événements du 6 janvier 1943, il y a 83 ans. Ils s’inscrivent dans un contexte historique particulier.

Engagée dans la guerre totale à partir de 1941, l’Allemagne nazie est confrontée à un manque crucial de main-d’œuvre pour faire fonctionner son économie, accroître sa production et remplacer les travailleurs mobilisés. Les autorités allemandes vont procéder par étape. Dès 1940, des travailleurs volontaires sont recrutés, grâce à une propagande qui vante des supposés avantages financiers. Ils ne sont pas nombreux à partir. Les Nazis accentuent la pression sur l’état français. Laval propose alors d’échanger un ouvrier contre trois prisonniers. C’est la Relève. Tracts, affiches, articles dans les journaux insistent sur la solidarité envers les prisonniers pour inciter les ouvriers à partir travailler en Allemagne. C’est un marché de dupes.

Cette mesure est à nouveau jugée insuffisante. La loi du 4 septembre 1942 décrète la réquisition pure et simple, pour les hommes entre 18 et 50 ans et pour les femmes de moins de 35 ans, pour effectuer des travaux que le gouvernement jugera utile dans l’intérêt supérieur de la nation, sans aucune allusion à un possible départ en Allemagne.

Montluçon est une ville industrielle importante avec de fortes compétences qui intéressent l’industrie de guerre allemande. Les entreprises sous l’égide de dirigeants zélés établissent des listes d’ouvriers susceptibles de partir. Mais la ville est militante !

Un premier départ a lieu le 20 décembre 1942, le second le 6 janvier 1943.

La manifestation du 6 janvier n’est pas une manifestation spontanée. A l’initiative de jeunes communistes résistants, des militants d’opinions diverses (communistes, gaullistes, socialistes), d’organisations de femmes, se mobilisent. Ils sont tous dans la clandestinité. Ils écrivent et distribuent des tracts, tracent des inscriptions au goudron sur plusieurs murs de la ville.

Ce mercredi 6 janvier une marée humaine – estimée environ à 2000 personnes – envahit la cour de la gare.  A 13h, peu après l’arrivée du train, les jeunes décident d’enfoncer le dispositif policier. Une brèche est ouverte. La foule s’y engouffre. Les femmes se couchent sur les voies, les cheminots arrivent en renfort, les wagons sont décrochés malgré les protestations du chef de gare un collaborateur notoire. La foule ordonne aux requis de quitter le train, les valises sont jetés par-dessus les palissades. Les ouvriers requis s’enfuient. Les soldats allemands arrivent à la rescousse des forces de police débordées. La foule se disperse rapidement.

Certains ouvriers sont repris le soir même ou le lendemain et partent pour une destination inconnue. D’autres entrent dans la clandestinité ou rejoignent la Résistance. La répression ne se fait pas attendre pour les Montluçonnais.  Des arrestations ont lieu les jours suivants. En représailles, le couvre-feu, la fermeture des cafés et des cinémas sont décrétés.

La loi sur le Service du Travail Obligatoire est édictée le 16 février 1943, plus connue sous le nom de STO. Une autre page va alors s’écrire, de nombreux réfractaires au STO vont rejoindre la Résistance.