Fernande Cognet-Valignat
Fernande Valignat, à la tribune de l’UFF, au congrès de Paris (1945)
Fernande est née le 23 janvier 1906 à Montluçon. Elle fait ses études dans un pensionnat religieux. Elle obtient le Brevet supérieur et, après l’école normale de Moulins, devient institutrice à Montluçon. Elle y fait la connaissance d’un instituteur, Pierre VALIGNAT, qu’elle épouse en septembre 1926. Son mari est secrétaire de la fédération communiste de l’Allier. Elle adhère au PC en 1932 et en 1934 devient la secrétaire des comités Amsterdam-Pleyel qui vont prendre le nom de Comité mondial des Femmes contre la guerre et le fascisme. Après la dissolution du PC, Fernande Valignat devient membre du bureau fédéral clandestin de l’Allier. Sur le marché, elle appelle à la libération de deux étudiants arrêtés à Paris et condamnés à mort et critique l’action de Vichy.
Elle est arrêtée le 8 octobre 1940 en même temps qu’une quarantaine d’autres communistes et syndicalistes. Elle fait partie des cinq premières femmes françaises arrêtées par Vichy. Elle est internée administrativement au « centre de séjour surveillé du château de Mons » (Puy-de-Dôme) puis, en février 1941, au camp de RIEUCROS (Lozère). Le camp est tellement insalubre (principalement à cause du manque d’eau) que les internées sont transférées en février 1942, au camp de BRENS (Tarn). Ce camp est, dès 1940, « un centre d’accueil pour les réfugiés juifs » puis devient, par arrêté préfectoral, un camp d’internement. Aucun travail, cependant, n’est demandé aux femmes.
Dans la journée, pour éviter l’oisiveté et l’inquiétude, elles s’organisent en tirant partie des compétences de chacune. Occupations matérielles mais également intellectuelles. Fernande VALIGNAT donne des cours de français aux étrangères et des cours de littérature et de poésie aux Françaises. Textes choisis, bien sûr. « Nous tâchions de donner dans ces cours un contenu qui élève le niveau de conscience et en même temps qui prépare les esprits à l’action. C’était une forme de résistance ». Elle fait partie d’un noyau de militantes convaincues, ouvertement hostiles au régime en place. Elles protestent contre les conditions de vie au camp, la faim, le froid, la souffrance des mères qui sont avec leurs enfants ou la répression.
Le 26 août 1942, des policiers viennent rafler les femmes juives (et anti-nazies) allemandes et polonaises. Fernande et d’autres se battent à mains nues, durant des heures, contre les GMR pour les repousser et les empêcher de prendre leurs camarades juives. En vain. Aucune des femmes raflées cette nuit-là n’est revenue du camp de la mort d’Auschwitz. Pour ce mouvement de protestation et de rébellion, elles sont déférées au tribunal d’Albi. Acquittées, elles réintègrent le camp de Brens.
Le 30 mai 1943, à la demande de Vichy, la Journée des Mères doit être célébrée dans le camp. D’abord, indignées, les femmes refusent de célébrer des mères que l’on affame et qui sont prisonnières avec leurs enfants ; puis elles décident d’organiser et de tourner la célébration en manifestation. Le commissaire du camp avait invité des personnalités de la région. Une femme de chaque nationalité chante une berceuse dans sa langue natale. Il est convenu qu’une Française chante la dernière. Dès la fin de sa berceuse, elle s’écrie « Libérez les mères ! » et toutes les femmes du camp reprennent, avec fortes voix, cette protestation : « Libérez les mères ! Libérez les mères ! ». Le commissaire et ses invités partent dans la précipitation. Ce jour-là, les femmes de Brens ont montré que malgré leurs mois d’internement, elles étaient toujours combatives. Six Françaises, dont Fernande Valignat, sont arrêtées et jugées par le tribunal militaire de Toulouse au motif « d’atteinte à la sûreté de l’État et à la personne du maréchal Pétain » ! Relaxées « faute de preuves », elles réintègrent le camp.
A Montluçon, depuis des mois, la mère de Fernande essaie d’obtenir sa libération pour raison de santé. En vain, les échanges s’éternisent entre les sous-préfectures du Tarn et de Montluçon. La Résistance de la région décide alors de faire évader Fernande Valignat, ce qui est fait le 14 mai 1944, grâce à la complicité d’un couple de gardiens du camp. Deux autres femmes s’échappent avec elle. Fernande rejoint l’Allier où elle est cachée à Créchy, chez Albert PONCET, le temps de se remettre des mois d’internement. Elle renoue avec les communistes clandestins.
Après la libération de Montluçon, dès le 1er octobre 1944, elle est réintégrée comme institutrice. Elle travaille à l’Union des Femmes Françaises qui publie le périodique Espérance et représente cette association au CDL de l’Allier puis à Paris, au Congrès de 1945. Séparée de son mari, elle divorce et s’installe à Noisy-le-Sec, dans la région parisienne où elle entre, en 1947, au Comité central du PC. Elle a en charge la question des femmes. Elle travaille au développement de l’UFF. Avec son amie de Brens, Odette CAMPION, elle crée l’Amicale des anciennes internées de la Résistance des camps de Rieucros et de Brens. Elle décède le 10 décembre 1993.
Article de Marie-Laurence Nanty
Sources :
HOCHE 1939-1945- La Résistance. Du tract à la lutte armée en Allier – Robert Fallut, 2008
Film documentaire Camps de femmes / Rolande Trempé (réalisation : 1 novembre 1994 – mise en ligne : 12 février 2010) https://www.canal-u.tv/chaines/ut2j/camps-de-femmes-rolande-trempe
Association pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros. A.P.S.I.C.B.R. http://apsicbr.wordpress.com




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